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Compagnie  entre les mondes

Habiter l'entre-deux

Au début, il y a un corps

Un corps qui bouge, qui cherche, qui éprouve. Un corps traversé par des forces, soumis à la gravité, à l'élan, à la vitesse, aux déséquilibres. Un corps qui joue avec les lois physiques, les explore, invente ses propres chemins.

Mais, le corps est aussi un lieu sensible. Il porte des émotions, des mémoires, des histoires. Il perçoit, ressent, résiste, désire. Il cherche à entrer en relation à dire parfois ce que les mots ne peuvent pas saisir.

C'est dans cet espace que s'ancre mon travail : à l'endroit où le corps est à la fois matière et présence, objet et sujet, mouvement et expression.

Je cherche à remonter vers ce qui précédé les formes établies, les catégories, les frontières entre les langages artistiques. A retrouver un mouvement premier, une présence qui exister avant même de savoir comment la nommer.

Le mouvement devient alors langage en soi. Il forme à des perceptions, fait émerger des état intérieur, ouvre des espaces réel se trouble, où l'imaginaire affleure, où le rêve s'invite.

A la croisée de la danse et du théâtre, ma démarche se construit dans le dialogue entre abstraction et incarnation, entre geste sensible et geste signifiant.

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entre les mondes

" entre les mondes" est aussi une histoire intime.

 

Celle d'une enfance entre deux langues, deux cultures, deux façons d'être au monde. Entre la France et l'Allemagne, entre mon père et ma mère, entre le monde des sourds et celui des entendants.

Grandir avec des parents sourds a façonné ma manière de percevoir, d'écouter, de regarder et d'entre en relation. Cela a déplacé, parfois sans j'en aie conscience, mes repères sur ce qui se dit, ce qui se montre, ce qui se partage. Sur la manière dont  nous sommes présent les uns aux autres.

Cette expérience ne se traduit pas nécessairement dans mes créations par l'usage d'une langue ou d'un langage particulier. Elle habite plutôt mon regard. Elle nourrit une attention aux différences de perception, aux formes de présence, à ce qui circule entre les êtres, au delà des mots.

L'espace de l'entre-deux est devenu pour moi un lieu familier. Un espace où les frontières ne sont jamais tout à fait étanches, où les identités se construisent dans le mouvement, au contact de l'autre, entre ce qui se voit et ce qui se ressent.

Entre le blanc et le noir, il y a du gris. Des nuances, des contradictions, des zones incertaines où la complexité du vivant peut apparaître.

C'est dans cet espace que je souhaite créer : un espace de liberté, d'expérimentation et de rencontre, où différents perceptions peuvent coexister, se déplacer et s'enrichir mutuellement.

Créer des ponts, inventer des espaces hybrides, ouvrir des passages entre les corps, les imaginaires et les sensibilités.

Et découvrir que, dans cet espace fragile, quelque chose d'inattendu peut advenir.

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